J’ai eu la chance de travailler à la bibliothèque du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) en juillet dernier. Faire de la recherche et de la rédaction dans cet endroit a été inspirant, même si l’inspiration a probablement semé plus de désordre que de clarté dans mes idées.
En plus d’explorer les collections de la bibliothèque pour rassembler des sources sur l’art anicinabe, les effets de l’art sur le bien-être et l’art autochtone contemporain, j’ai fait des lectures sur la vie de Norval Morrisseau. J’ai admiré ses œuvres dans la collection permanente. J’ai aussi pu contempler le canot d’écorce qui se trouve au cœur de cette collection. Lui rendre visite fait partie de ma routine lorsque je me rends à ce musée. Œuvre d’un artiste autrefois connu, ce canot est un exemple frappant de création autochtone trop souvent perçue comme un objet banal, alors que sa fabrication exige des connaissances précises et des techniques fines.

Dans ce musée, l’anicinabemowin, l’anglais et le français se côtoient sur un pied d’égalité dans les expositions permanentes. Les œuvres d’artistes autochtones peuplent les salles consacrées à l’art au Canada. Ce faisant, le musée va à l’encontre de l’invisibilisation des peuples autochtones, qui a trop longtemps été la norme dans les musées. Loin de reléguer les créations d’artistes autochtones au folklore ou aux collections ethnographiques, il leur reconnaît le statut d’œuvres à part entière.

Alors que je travaillais dans la tranquillité du musée, avec vue sur un ciel embrumé par la fumée des feux de forêt, plusieurs réflexions se sont bousculées dans mon esprit.
D’une part, tout comme en 2023, les feux de forêt ont apporté cet été une autre preuve tangible que notre monde devient de plus en plus inhospitalier. Je ne peux m’empêcher de penser à mes enfants à la vue de ces ciels orangés. La peur d’une apocalypse climatique déjà en cours n’est guère propice à la rédaction scientifique sur un projet artistique axé sur la sécurisation culturelle. Néanmoins, effectuer des recherches sur les facteurs qui peuvent aider les Autochtones et les non-Autochtones à établir des relations harmonieuses, respectueuses, sincères et amicales, fondées sur des rapports de pouvoir symétriques, est d’autant plus pertinent à une époque marquée par les crises climatiques et la montée des tensions sociales, du racisme, de la xénophobie et du fascisme.
D’autre part, le statut privilégié de chercheure dont je bénéficie n’aurait pu être plus évident que pendant la semaine que j’ai passée à travailler au MBAC. Accès gratuit à des ressources de recherche, espaces de travail magnifiques, pauses passées à déambuler dans les salles d’exposition, possibilité d’admirer les œuvres d’artistes de renom : rien dont on puisse se plaindre. Si j’ai dû faire de nombreux sacrifices pour me consacrer à mon projet doctoral, je reconnais entièrement que le financement de recherche que j’ai obtenu, ainsi que l’appui de mes directions de recherche et des partenaires, m’ont permis de m’adonner à un travail intellectuel sans doute plus utile, plus gratifiant et plus payant pour moi que pour les personnes qui m’ont appuyée et qui ont participé à cette recherche.
C’est pourquoi j’ai tenté de maintes manières, au fil des années, de rendre cette recherche utile aux partenaires. J’ai notamment rédigé une partie du rapport synthèse du projet, disponible sur le site de Minwashin. J’ai offert aux partenaires d’organiser des présentations sur la sécurisation culturelle, de produire des guides informatifs ou de rédiger des synthèses de littérature scientifique sur les thèmes de leur choix. De plus, lorsque c’était possible, j’ai invité des artistes du projet à présenter avec moi les résultats de la recherche et je me suis assurée, grâce à la contribution de ma direction de recherche, que les frais liés à leur participation leur soient remboursés. Je continuerai à chercher des façons de rendre cette recherche sur Odeimen utile aux personnes et aux organisations qui ont généreusement donné de leur temps. C’est selon moi une responsabilité que les chercheurs et les chercheuses doivent tous assumer.





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